Il y a un mois j’ai réservé un shukubo sur le mont Koya. Il s’agit d’un temple dans lequel on peut passer la nuit, et c’est devenu une véritable industrie dans ce lieu spécial. Il y en a 52 à Koyasan et les réservations se font bien en avance.

Pour ma part, je m’y suis pris il y a un mois, et il était déjà compliqué de trouver une date.

Bref, à la gare d’Osaka, je commande un Koya Pass Heritage (2800 yens il me semble – environ 24€) qui me permet de faire l’aller-retour en train sur deux jours et de bénéficier des trajets en bus illimités sur place.

J’arrive la fleur au fusil à la gare en me disant que je vais pouvoir poser mon sac à dos pour deux jours dans un casier (locker) afin de voyager léger, mais j’ai le sentiment d’avoir autant de chances de trouver un locker disponible que de gagner au loto (musique dramatique). Je finis par en trouver deux petits, ce qui nécessite de défaire mon sac et répartir mes affaires dans deux lockers différents. Le petit coup de stress avant de partir, sachant que les trains ne sont pas non plus ultra fréquents pour cette destination.

Avant de monter dans le train, je me sustente avec un onigiri et un pancake aux haricots rouges :

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Inconcevable en France, la nourriture de supérette / distributeur est bonne au Japon

Autant j’adore les onigiris (et j’en mangerai pas mal durant le séjour en cas de petit creux), autant cette pâte un peu sucrée, ce n’est pas mon truc. Regrettable pour mes papilles, car de nombreux gâteaux sont fourrés ainsi.


La minute Wikipedia / Routard :

Quelques mots au sujet de Koyasan : le mont Koya semble être la deuxième “montagne sacrée” après le Mont Fuji. A deux heures environ d’Osaka, il est entouré de 8 sommets de plus de 1000m. Les chiffres du routard : 3000 habitants, 700 moines et 123 temples en tout. On comprend pourquoi le lieu est chargé d’atmosphère spirituelle … d’autant que le bouddhisme au Japon a commencé ici vers 816.

Kukai, un moine forme à Xi’an en Chine, est revenu s’y installer pour y développer la secte Shingon, doctrine simplifiée du bouddhisme, qui part du principe que l’éveil spirituel est atteignable au cours de sa vie (l’eveil est alors appelé satori), à la différence du bouddhisme traditionnel, qui repose sur le renouvellement des vies (nirvana), dont le berceau japonais, est lui à Nara. Vous suivez ?


Après un train, un téléphérique, un bus, je finis par poser mes guêtres au temple Rengejo-in.

Je suis accueilli par un moine, qui n’a pas l’air commode, façon (feu) La Boule dans Fort Boyard. Mais il est au final très sympathique, et m’accompagne jusque dans ma chambre de luxe ! (Je crois que c’est la deuxième nuit depuis le début du séjour que je dors dans une chambre pour moi tout seul)

Lieu enchanteur, et sensation d’être véritablement au Japon :

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Did you see it ?

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Chambre de folie, mais mal isolée (j’entends Michel et Jacqueline à côté debriefer de leur douche à poil – cf. plus loin)

Une initiation à la méditation a lieu à 17h et je profite du temps qu’il reste pour faire un tour du côté du Kongobu-Ji, un temple à visiter à quelques centaines de mètres :

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Réputé entre autres pour son jardin zen (le plus grand du Japon, 2340 m2) :

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Retour au bercail afin d’assister à l’initiation. 3 moines nous font face, dans une pièce magnifique, sombre mais chaleureuse, chargée d’encens. Le moine en face de nous fait un premier laïus en japonais, puis en anglais (enfin … je crois que c’était de l’anglais)

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Et c’est parti pour 40 minutes de méditation au sol, les jambes croisées. J’ai la ferme intention de ne pas bouger durant ce temps, et j’essaie de me concentrer sur ma respiration. Mon cerveau divague et pense à mille choses. Des images se créent, comme par exemple une valise avec des ailes qui surgit dans mon cerveau. Presque l’impression d’être sous l’emprise de cannabis … bref, je pique du nez régulièrement, car la fatigue me tabasse. Et quand je me lève à l’issue de la cérémonie, ma jambe droite ne me porte plus.

La méditation pour moi, ce n’est pas gagné !

Et dire qu’on parlait en Birmanie d’effectuer une retraite de 2, 3, 4 jours … (enfin les filles surtout …)

Suite à ce moment magique, je déguste un excellent repas végétarien, décliné en de multiples plats et saveurs. Le travail derrière cela est incroyable. Une finesse et un goût incomparables :

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Admirez la minutie avec laquelle les aliments sont parfois enrubannés d’autres aliments 

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Marrant également de constater que je suis le plus jeune de tous les visiteurs, alors même que j’ai le sentiment d’être parmi les plus vieux en auberge. L’ambiance n’est pas la même …

Il est 19h, l’heure d’aller prendre sa douche, après avoir enfilé son yukata (kimono d’été en quelque sorte).

Enfin … une douche à la japonaise : en commun avec les hommes, à poil sur un tabouret dans un premier temps pour se laver (la douche assise), et dans un bain chaud qu’on partage toujours à poil avec les autres dans un deuxième temps (le bain “relaxant”).

Je me retrouve avec un vieux japonais tout sec, qui pousse des grognements en se lavant. Du genre onomatopées japonaises guerrières. J’ai envie d’exploser de rire, car la scène est franchement comique, mais je la joue “poker face”. En sortant, sans doute inquiet d’avoir mangé autant de légumes, je retrouve mon pote de douche qui commente mon passage sur la balance en japonais. Je ne comprends rien mais il pointe du doigt le chiffre qui s’affiche, et on rigole.

Je retourne dans ma chambre, et me retrouve devant mon ordi. Au final, le gros de mon temps libre tout seul consiste à mettre en forme ces articles (et à discuter en nocturne sur WhatsApp ou Facebook Messenger …).

Pas encore vu un seul film sur mon ordi, ni lu un seul bouquin.

Réveil le lendemain vers 5h30 afin d’être prêt pour le rituel liturgique du matin. A 6h, retour dans la sanctuaire pour écouter les moines prier et chanter des soutras. C’est très impressionnant, peu importe qu’on soit athée comme moi ou d’une autre confession que le bouddhisme. Les 3 moines sont synchrones, et le chant est continu pendant 30 bonnes minutes. Cette fois, je suis assis, mais cela ne m’empêche pas piquer du nez.

Petit déjeuner dans la veine du repas de la veille : plein de choses à grignoter. Le dîner végétarien reste deux bons crans au-dessus gustativement.

Je me dépêche d’ingurgiter le premier repas du matin afin de me diriger vers le cimetière Okuno-in, et être parmi les premiers touristes à fouler les allées de ce magnifique endroit.

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Le chemin, long de 2 kms, me fait passer à côté de tombes ou de mini-temples, qui me lancent des défis !

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A ne pas confondre avec la croix gammée, ça n’a rien à voir

Par exemple, près du Réflection Well, la légende dit que si une personne regarde dans le fond du puits et ne voit pas son reflet, cette personne mourra dans les 3 ans.

Ça me ferait chier perso, mais bon autant en avoir le cœur net. Je me penche par dessus, et constate avec soulagement que j’ai au moins 3 années devant moi (de beaux voyages en perspective !)

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Vous le voyez aussi mon reflet, hein ?

Le chemin s’achève sur le mausolée de Kobo Daishi, mais on ne peut pas le photographier passé le pont de Gobyonohashi :

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Vu du pont, il s’agit d’un mémorial en bois dédié aux enfants morts né (si ma traduction est bonne)

J’avale les deux kilomètres du retour avec du bon son japonais (Mono) dans les oreilles :

Puis, je prends un bus pour me rendre au complexe bouddhique Danjo Garan :

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Et enfin à Otasuke Jizo, où paraît-il les souhaits sont exaucés. Quelle aubaine décidément ! Je plante mon bâton d’encens (en échange de quelques pièces, je suis civilisé), et marmonne quelque incantation que je garderai secrète.

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Toujours rien à voir … merci Hitler :/

Sur le chemin du retour, je me fais la réflexion que les voitures sont décidément bien ramassées :

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Les cavaliers King Charles de l’industrie automobile

Il est déjà temps de repartir – pour Kyoto cette fois. Le trajet est particulièrement long à mon sens, mais j’ai la joie d’activer mon Japan Rail Pass (ce pass – à acheter en avance et impérativement hors du Japon en temps normal – permet de prendre la majorité des trains dès son activation sur place. J’ai rencontré certains voyageurs retardataires qui étaient passés par une agence au Japon cela dit moyennant un coût supplémentaire de 5-10% en gros pour information)

Mon premier Shinkansen pour rejoindre Kyoto à partir d’Osaka en 15 minutes :

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Les shinkansen, eux, ne sont pas pris le pif dans une porte

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On a de la place dans ce train, surtout à 15h

Je décide de glander à l’hostel, de faire ma lessive, et de me poser dans la salle commune, où je rencontre un autre français, qui débarque dans la salle avec sa bouteille de vin !

Ce dernier m’offre gentiment un verre, et on sympathise une partie de la soirée. Raphaël “les bons plans” m’indique quelques bons spots à Kyoto, et nous prévoyons de passer une journée la semaine suivante à Yoshino, à une heure et demie de Kyoto (à suivre sur ce blog)

La soirée s’achève avec une discussion laborieuse avec une coréenne en vacances (si si ça arrive) et un japonais d’Hokkaido (c’est le Nooord) qui vient une fois par mois à Kyoto pour prendre des cours de massage (véridique). Ce sont aussi ces improbables rencontres qui font le voyage.